pourquoi un blog ?

De la génération des enfants des baby boomers, j’ai grandi dans la diabolisation des poupées Barbie et de tout ce qui cantonne les filles/femmes à une place trop sexuée et caricaturale dans la société. Bref, ma mère ne m’a appris à coudre que les boutons, ayant elle-même conquis sa liberté et son indépendance de femme en refusant les activités strictement féminines auxquelles la société et sa classe sociale d’origine avaient limité sa propre mère. S’insurgeant contre les cours de couture et de cuisine que l’école normale d’instituteurs proposait aux filles quand les garçons avaient droit à des leçons de jardinage, il allait de soi qu’elle ne pouvait pas m’encourager à me livrer à l’activité la plus frivole et la plus féminine qui soit : le chiffon !

Paradoxalement, c’est ma mère qui m’a offert mon premier livre de couture, mon premier livre de patrons, après m’avoir vue essayer d’inventer la couture toute seule en autodidacte un peu pathétique après la naissance de mes filles. Il y avait longtemps toutefois qu’elle pouvait être rassurée sur mon goût de l’indépendance, notamment financière. Je ne serais jamais une femme au foyer ! Les intemporels pour enfants furent donc ma première Bible. De fil en aiguille (c’est la dernière fois que je me risque à un pareil jeu de mots, de ceux qui font florès sur les blogs de couture), j’en ai acheté d’autres, et je ne sais vraiment plus comment je suis entrée, sans aucun conseil de chair et d’os, dans l’univers virtuel de la couture, comment je me suis mise à fréquenter de plus en plus assidûment les blogs de couture.

Une chose est sûre cependant : je dois presque tout de mon apprentissage de la couture aux blogs, il est donc bien naturel que la question se pose pour moi aujourd’hui d’en ouvrir un. Une envie que j’ai de partager des petits trucs, des petites astuces, des petits conseils techniques. Une façon de participer à cet élan généreux de partage, de remercier celles (car ce ne sont que des « celles ») qui prennent de leur temps pour communiquer sur leurs erreurs et leurs trouvailles. Une envie d’encourager la face dorée de la blogosphère.

Pourtant, que de craintes à ce sujet !

Comme je redoute la tendance inévitable à l’exhibitionnisme et au narcissisme qui va de pair avec la publication d’un blog, quelque désinvolte que puisse en être le ton. Regardez comme ma vie – ma maison – mes enfants sont beaux – comme je suis belle et drôle et pétillante ! Comme je redoute la fausse camaraderie qui consiste à s’adresser à toutes les passionnées de couture comme à ses amies (si ça se trouve, elles votent FN!). Comme j’ai peur de cette apologie implicite de la famille et de la bienséance sociale !

Alors, quelques principes auxquels je veux me tenir pour me sentir légitime :

1) Ne jamais publier de photos sur lesquelles mes enfants soient reconnaissables car ils n’ont pas demandé à être des supports publicitaires de ma propre mythologie.

2) Toujours préciser quelles sont mes sources, de quels patrons je suis partie, où j’ai pioché mes idées pour fabriquer tel ou tel vêtement. Rendre à César ce qui appartient à César.

3) Ne plus livrer, après ce premier post, mes états d’âme.

4) Ne pas devenir un blog bavard mais un blog pratique. (Je n’y arriverai jamais : mon goût de la solitude n’a d’égal que mon incorrigible prolixité !)

Pour en finir avec mes réticences. Ensuite, je me tais.

D’où me vient mon goût de la couture ? De loin, si j’en juge par l’achat d’une machine à coudre avec l’une de mes premières paies et quoique je me sois longtemps limitée à la réalisation de pâles imitations des coussins précieux de la Belle renommée, où j’allais me pâmer d’admiration rue Vieille du Temple et dont je conservais religieusement les catalogues. Du reste, l’achat de vêtements fut à n’en pas douter, j’ai un peu honte en le disant, un des grands plaisirs des débuts de ma vie d’adulte indépendante (un goût que je dois à ma mère, celui-là !). La fréquentation des colonies de vacances de la belle époque, celle de « l’éducation nouvelle » à laquelle mes parents ont donné beaucoup de leur énergie, est sans doute pour beaucoup dans mon goût immodéré pour les activités manuelles. Bref, si la pratique de la couture ne contribue guère en ce qui me concerne à relever l’estime de soi et si je m’y livre non sans culpabilité en me disant que je ferais mieux d’écrire ou de dessiner, j’ai aussi l’âge de savoir ne pas bouder les plaisirs faciles et de comprendre que si cette activité me plaît tant, c’est que le désir en vient de loin et qu’il ne sert à rien de lutter là-contre.

Et si j’ai troqué ces dernières années le bic pour les craies de couturière et les cahiers pour les tissus, c’est faute de temps (coudre une robe est bien plus rapidement gratifiant que de réaliser un livre!) mais c’est aussi et toujours par passion des mots, pour amadouer un vocabulaire qui m’intimidait et me fascinait : passepoil et popeline, parementure et gabardine, crêpe de Chine et boutons de bakélite, coutures à l’anglaise et poches à l’italienne… Je retrouve dans cette activité solitaire et silencieuse (si ce n’est la tocatta de la machine) le plaisir des couleurs et des matières, du doux et du rêche, du mat et du brillant…

4 réflexions sur “pourquoi un blog ?

  1. Quel plaisir de lire cet article si bien écrit et avec lequel je me sens en parfait accord…Je continue donc la visite et je m’abonne de ce pas… ( je me suis permis le tutoiement dans un précédent commentaire, entre couturières c’est permis, n’est-ce pas ?)

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  2. Ce blog où poussent les fleurs, se plissent les imprimés et dansent tranquillement les mots me plaît. J’aime donc je suis. Depuis la Suède, où Descartes est mort, mais cela n’a rien à voir.

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